Lundi 22 juin 2009



J'aime quand je suis à la caisse d'un grand magasin, en attendant mon tour de payer mes achats, espionner le contenu des caddies des autres consommateurs. Ce sont les produits achetés par mes compatriotes qui m'attirent le plus. Je scrute d'un oeil indifférent au possible les bouteilles d'alcool, les barquettes de viande non égorgée et dégoûtée je découvre parfois l'innommable, l'abominable, le plus que révoltant: BEURK et je me questionne de comment ils réussissent à en manger.

 

  Samedi pas un seul de mon pays n'offrait le spectacle de ses écarts de religion à mon regard intransigeant. J'ai dû pour passer le temps me rabattre sur un simple Français. Son comportement m'avait d'emblée parue digne d'attention.

 

  Il prenait les articles un à un et les posait avec ordre et méthode sur le tapis. Interloquée je voyais les liquides en première ligne, juste derrière les conserves en pyramide dressées, les paquets de biscuits formaient le rectangle parfait c'était magnifique ! Une véritable oeuvre d'art ! Mais l'artiste n'en paraissait pas très satisfait, de gestes crispés et saccadés il s'appliquait à améliorer plus encore les équilibres, gommer les aspérités et fignoler les angles.

 

 

 J'eus quelques petits scrupules à balancer tous mes produits en vrac derrière les siens et à les laisser si désordonnés mais toute son attention n'était concentrée seulement et seulement sur ses petites affaires. Il paraissait soucieux :les savons ne se disciplinaient pas à sa guise. Il s'acharnait à former quatre tas de cinq mais tout s'écroulait à chaque fois. Il me brûlait de lui conseiller de faire cinq tas de quatre ou mieux encore six piles de trois et un devant, un derrière mais... soudain ses mains m'apparurent dans toutes leurs horreurs: pelées, la chair à vif !

 

 L'évidence venait de me frapper en pleine face: tous ces savons n'étaient pas anodins. J'avais devant moi un Maniaque, un grand maniaque de la propreté!

 

 J'avais déjà vu un tel cas à la télévision : un film avec Jack Nicholson mais là devant moi en toute réalité cela me terrifiait. Entre une personne qui ne se lave jamais et une qui se lave comme un possédé je me demandais vers lequel mon coeur pencherait. Fi des questionnements idiots ce mal étant des plus sérieux. Dans nos quotidiens aseptisés les contaminés sont de plus en plus nombreux.

 

 

 Il y a quelques mois de cela le dernier de mes enfants penchait à un comportement des moins attendus dans notre environnement bancal. Je le voyais essuyer ses couverts avec grand soin, nettoyer méticuleusement son bureau, ranger avec application ses vêtements et j'en étais toute contente.

 

 

 Enfin, me suis je dit, un dans cette maison qui ne laisse pas tout traîner.

 

 

 Mais de jour en jour ses exigences prenaient des proportions inquiétantes. Il passait presque une heure tous les matins à sa toilette, scrutait ses habits avec rigueur, me surveillait à la préparation des repas, dans mes lessives, le repassage, nous critiquait l'hygiène... C'était devenu infernal pour nous comme pour lui.

 

 

Un évènement stupéfiant et je puis vous jurer aucunement délibérément provoqué a bien puni et un peu guéri mon petit de ses insupportables manies:

 

 Mon fils m'avait persuadée de lui acheter une brosse à dents pourvue d'une petite boite à son extrémité pour protéger les poils de toutes les pollutions qui se peuvent exister dans une salle de bains: la poussière, les éclaboussures, les cheveux.... De plus il ne voulait plus JAMAIS la mêler aux nôtres mais la glisser bien à l'abri dans son tiroir de placard.

  
Vous allez sûrement croire à un complot ourdi par une maman, un papa excédés d' excès répétés ou des frère et soeurs futés et espiègles mais je réponds pleinement de tous les occupants  de cette habitation, nous sommes tous incapables de pareils infâmes stratagèmes.

 

 

 Un matin qu'il s'apprêtait à entamer son quart d'heure brossage des dents je l'entends soudainement hurler. J'accours, je le trouve dans un état proche de la folie. Je le questionne, il ne parvient qu'à prononcer le mot " dégoûté " d'un air choqué et à me montrer du doigt sa brosse à dents.

 

 

 Je me penche sur l'objet et que vois je accrochée aux poils bien blancs ? Une bête toute noire !

 

 

 

  Un insecte d'été avait escaladé l'armoire, pénétré dans le tiroir. Je le sais c'est difficile d'y croire. A force de contorsions il avait réussi à s'infiltrer dans l'étui bien serré, n'a pu s'extirper de cette impasse et y a "crevé sa race". 

 

 

 

 

 

 

Par Naïma
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