La visite de Marguerite hier m'a mise dans une situation des plus délicates, une situation dont je souhaite vous égayer les mirettes.
Un bail que je n'avais eu de ses nouvelles. Cette Marguerite je l'avais longtemps considérée comme une très bonne amie. J'avais investi beaucoup d'énergie, beaucoup de mon temps et surtout beaucoup de mon coeur dans notre relation malheureusement en pure perte.
C'était l'institutrice de nos filles qui nous avait mise en contact. Marguerite traversait une sale période de vie. Dépressive elle se voyait parait il dans l'impossibilié d'emmener son
enfant à l'école chaque matin. Alors en passant devant son domicile je m'étais engagée à prendre sa gamine et à la lui ramener le soir venu.
Au début je ne la voyais pas. C'était étrange et destabilisant, je sonnais, sa fille sortait, je sonnais sa fille rentrait et ainsi de suite des jours et des jours durant...
Et puis un matin elle m'était apparue, toute bouffie de sommeil, toute bouffie tout court. Vêtue d'une ample robe de chambre elle s'est
dirigée vers moi, les cheveux en bataille. J'étais surprise et un peu inquiète, j'ignorais tout de cette maladie: LA DEPRESSION !
Je voyais sa magnifique maison entourée d'un très grand jardin, son automobile de luxe et je me questionnais de ce que comment elle
pouvait avoir perdue le goût de la vie. Une maladie de Français me suis je dit. Chez nous les Arabes ça n'existe pas. Trop gâtée elle s'ennuyait, trop désoeuvrée elle réfléchissait
trop.
Elle m'a remerciée de ma gentillesse et m'a proposée de venir prendre un café quand je le souhaitais. Pas spécialement attirée par
cette première approche mais plus pour tenter l'impossible c'est à dire la sortir de son isolement je me suis rendue chez elle.
Elle semblait apprécier ma présence et surtout mon sens de l'écoute. A vrai dire je n'avais aucun mérite son état étant
pour moi d'un grand mystère je dardais toute mon attention à essayer de la comprendre. C'était instructif mais hermétique encore à mon cerveau trop carré.
Cependant au fur et à mesure elle a recouvré de l'assurance pas spécialement grâce à moi mais j'ai contribué je pense à sa
guérison. Elle a repris le chemin de l'école, elle a refréquenté ses anciennes "amies " et m'a effacée de sa mémoire.
J'ai ressenti beaucoup de peine sur le moment et puis peu de temps après j'ai fait la connaissance d'une personne extraordinaire à l'amitié indéfectible et j'ai viré cette Marguerite de
mon coeur. Nous nous croisons parfois, elle dans son bolide et moi sur ma bicyclette. Nous agitons nos mains, nous esquissons un sourire et poursuivons chacune
notre chemin.
Et puis hier vers les 15 H dring dring à ma porte c'était elle. Pas même eu le temps de me remettre de ma surprise qu'elle me demandait de lui sauver la vie. Plus une seule goutte d'eau à son
domicile, elle se mourait de soif et me quêtait langue pendante un grand verre d'eau si cela était possible.
Je la priais d'entrer, l'installais sur le canapé et me rendis à la cuisine satisfaire à sa demande. J'étais perplexe et tout en lui tendant le verre je la questionnais.
- Plus d'eau chez toi?
Elle prit le temps de boire d'une seule traite avant de me répondre:
- Quelle est bonne ! Merci ! Non, plus une seule goutte d'eau depuis ce matin ! Peux tu m'en reservir un autre ?
- Pas de soucis autant que tu voudras.
J'allais à nouveau au robinet lui reremplis son verre et revins lui demander de plus amples explications. Tout en dégustant l'air satisfait elle reprit:
- Non plus d'eau c'est à cause de mon mari, il a oublié d'en acheter.
- D'en acheter ??? Et dans tes robinets ?
- De l'eau du robinet t'es folle tu veux m'empoisonner ???
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