Dimanche 31 mai 2009




Quand j'étais petite je n'étais pas grande...
 
et j'adorais lire la nuit. J'attendais que tout soit silencieux dans la maison et me glissais furtivement dans la cuisine un livre d'une main et une lampe de poche de l'autre.
 
Assise à même le sol je passais des heures inoubliables à m'esquinter les yeux et les fesses. Je faisais le moins de bruit possible, réveiller mes parents m'aurait causer de sérieux ennuis. Je tournais les pages furtivement, respirai le plus légèrement possible et mon oreille de ci de là se dressait et écoutait les grincements suspects du lit parental...
 
Un soir où j'étais toute entière à ma lecture je n'ai pas entendu mon père se lever que déjà il était à crier dans le couloir. Il avait vu les reflets de mon éclairage particulier et s'apprêtait à fondre sur celui ou celle qui avait osé enfreindre son autorité.
 
Il n'avait pas allumé, je pouvais encore, avec beaucoup de rapidité  échapper aux foudres de sa colère. Ni une ni deux j'éteignis ma lampe et me mis à courir dans l'obscurité. Dans la panique totale j'emmêlai mes pieds dans le bas de ma chemise de nuit et m'étalai de tout mon long dans un bruit épouvantable.
Toute endolorie je me redressai et sans pousser un seul gémissement filai comme une fusée dans la chambre que je partageai avec mes soeurs. Malheureusement encore toute étourdie par ma chute spectaculaire, j'en oubliai le grand mur qui séparait la salle à manger de notre recoin coucher et de toute ma vitesse je m'affalai les bras en croix sur l'obstacle dressé : L'apocalypse dans la maison ! Le mur se mit à trembler, ma tête à résonner et mes yeux dans le noir de trente six chandelles à clignoter. Nul répit n'était permis, les pas de mon père retentissaient en accéléré.
 
D'un bond extraordinaire je sautai dans mon lit, cachai ma tête toute essoufflée sous la couverture, arrêtai ma respiration... Mon coeur émettait des battements affolés, mon corps était secoué de soubresauts impossibles à réfréner...J'écoutais... J'écoutais:
 
Mon père était là dans les ténèbres et nous observait. Attentif au moindre souffle il espérait trouver la coupable d'un tel tapage. Il attendait...Il attendait...
J'écoutais, il attendait, j'écoutais, il attendait...
 
Au moment où n'en pouvant plus j'allais me dénoncer, il emplit soudainement la pièce d'un rire de géant bienveillant et s'en retourna s'esclaffant comme un enfant.
 


 " Voici la colère des parents qui vous donne de grands battements de coeur et vous fait vous cogner aux meubles "   Lise Deharme


 
 
 
 
Par Naïma
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