Jeudi 15 octobre 2009
J'ai été l' Invitée d' une fête organisée à l'occasion d'un baptème Malien et j'en suis encore aujourd'hui toute HONOREE !
Ma voisine était venue comme à son habitude rapide et énergique me prier d'y assister.
- Naïmatou qu'elle m'a criée...
Naïmatou c'est ainsi qu'elle a transformée mon prénom à la mode de chez elle. Cela ne me dérange pas du tout , au contraire je trouve cela gentil comme tout !
Donc je disais...
- Naïmatou qu'elle m'a criée, c'est le baptème de ma petite fille samedi TU VIENS.
Malgré toutes mes réticences et mes appréhensions avais je réellement le choix de refuser pareille invitation ?
Elle avait pensé à moi, cela signifiait qu'elle me considérait maintenant presque comme un membre de sa famille. J'étais flattée !
Passer ce petit intermède de très grande satisfaction et avant qu'elle ne s'éclipse j'ai commencé à la questionner sur le lieu, l'heure et sur ce que je devais apporter. Elle m'expliqua succintement qu' elle avait réservé une salle dans une ville proche de celle où nous habitions, qu' un orchestre de son pays devait nous distraire à partir de seize heures et qu' il était impensable que je ramène quoique ce soit. Elle s'était levée et elle filait déjà vers ailleurs..
Je l'ai retenu par la manche et j'ai bafouillé sur le fait qu'il m'était impossible de VENIR.....comme j' ai vu sa tête se fâcher j'ai ajouté.... LES MAINS VIDES... mais comme je voyais sa tête encore fâchée j'ai rajouté...
- Chez moi dans mon pays selon nos moyens nous donnons un présent pour le bébé ou alors un peu d'argent...c'est presqu'obligé !
Mon explication a dû la convaincre car sa tête n'était plus fâchée, elle a ri très très fort et a répliqué
- Les gens de mon pays vont donner chacun 10 euros, 10 euros ...
Conquise par son enthousiasme et son amitié j' ai ri aussi, et j'ai répondu que j'étais presque de son pays, que nos pays étaient voisins comme nous étions voisines, et que je me ferai un plaisir de rapporter quand je VIENDRAI samedi comme les gens de son pays 10 euros ...
Basta les palabres ...
Le samedi donc je me mis à fouiller mon armoire pour trouver de quoi m'habiller. Deux choix s'offraient à moi: une robe longue à l'occidental bof de bof et une robe de mon pays bof de bof... Dilemme très grand dilemme !
Après moult hésitations alors que j'allais opter pour.....bof de bof
. ...voilà qu'un joli ensemble sublimissime me tomba sous les yeux. Une tenue magnifique offerte par mon amie Pakistanaise: un pantalon et une tunique toute brodée d'or confectionnée dans son pays et que je n'avais encore jamais eu l'occasion d' étrenner . C'était le moment rêvé !
Quoi de plus à propos pour une Algérienne que de se rendre à un baptème Malien en vêtements Pakistanais ?
J'avoue j'étais très très intimidée quand j'arrivai sur les lieux ...L'entrée était sévèrement gardée par les garçons de ma voisine. MAJESTIQUES dans leurs longs boubous bleus, c'est à peine si je réussissais à les reconnaitre tellement ils me paraissaient grandis.
Ils m' ouvrirent les portes souriants et affables et me guidèrent vers leur maman. Ma voisine était sur un nuage, elle virevoltait d'une personne à une autre, aussitôt elle me vit et aussitôt se jeta gaiement sur moi.
- Naïmatou, Naîmatou... Elle ne criait pas, elle chantait, elle chantait mon prénom . C' était à la fois surprenant, génant mais ô combien émouvant. J'en avais les yeux qui s'embuaient d'émotion contenue.
Je fouillai dans mon sac pour en sortir un petit mouchoir afin d' essuyer mon nez qui gouttait et mes yeux qui....et mes yeux rencontrèrent le billet de 10 euros que j'avais dans mon grand émoi complètement oublié.. il fallait de suite m'en débarasser sinon il allait m'encombrer l'esprit tout le restant de la journée...
Un peu génée je le lui glissai dans la main. Elle le regarda longuement, plongea ses mirettes qui brillaient dans les miennes qui brillaient aussi... et rechanta de plus belle:
- Naïmatou, merci ! Naïmatou merci !
Je crois qu'elle était profondément touchée... de mon geste certes mais de ma venue plus encore.
Elle m'invita à pénétrer dans la grande salle où la fête battait déjà son plein. Une grosse bouffée de timidité me submergea quand je reçus en pleine face tous ces visages sombres tournés vers moi. Pas specialement pâle de peau d'ordinaire je me ressentis soudainement toute fade, toute terne au milieu de ce monde cuisant de soleil.
Deux rangées de chaises étaient alignées tout autour de la pièce et des femmes toutes plus belles les unes que les autres, toutes plus longues les unes que les autres, toutes plus minces les unes que les autres, toutes plus joliment vêtues les unes que les autres, toutes plus...
Ma voisine m'accompagna gentiment. Malgré tous mes efforts pour paraitre relâchée et décontractée elle avait dû sentir que je n'étais guère à mon aise. Elle me prit le bras et m'emmena vers sa famille, ses amis, me proposa un siège et repartit accueillir ses autres convives me laissant seule et paniquée.
J'articulai des bonjours ridiculement inaudibles autour de moi et soudain je reconnus toutes les filles de la famille qui loge au rez de chaussée de mon bâtiment. Elles aussi avaient été conviés ! Waouah quelle joie ! Je repris instantanément des couleurs et de la voix:
- Bintou, Mami, Aïssétou, Hawa... !
A peine eu je le temps d'entamer une conversation avec toute cette jeunesse rayonnante et endiablée que déjà la belle fille de ma voisine portant son bébé dans les bras se pencha sur moi et me le balança sur les genoux.
La fillette était mignonne à croquer et ce devait être une faveur je suppose que de se la voir confier en son jour de baptème.
Elle s'appellait Goundo, elle avait juste dix mois... NON elle n'avait pas dit " moi " mais peu importait pour la maman, elle s' en était tout simplement débarrassée et était allée d'un pas tranquille et gracieux rejoindre ses compagnes sur la piste de danse...
Mon Dieu comme elles bougeaient bien, comme elles se balançaient bien et l'orchestre comme il jouait bien.... oui bien, bien, bien tout était BIEN ! La description vous laisse certainement sur votre faim mais comprenez je ne suis pas spécialiste..
L' orchestre donc jouait bien, très bien même...mais étaient ce les danseuses qui suivaient la musique ou étaient ce les musiciens qui se mettaient au tempo des jeunes femmes c'était à se le demander. Ces musiciens étaient des magiciens et ces danseuses des fées !
Sans chichis, ni tralala toute l'assistance dansait ou tapait des mains. Tous à la même cadence et pour ne pas briser la belle harmonie qui régnait, par des claquements de mains décalés, je me contentais juste de faire sautiller la gamine sur mes genoux au rythme de cette musique envoûtante et j'observais:
Le chanteur s' était légèrement décalé de son groupe, s' était raisonnablement avancé de la gente féminine et avait commencé une démonstration spectaculaire de danse tournoyante: j'étais comme ensorcelée !
... Et puis la maman du bébé est revenue récupérer son bien me laissant à nouveau libre de mes mouvements.
Quelques jeunes femmes s'étaient approchées de moi et cherchaient à m' attirer derrière elles. Elles s'étaient placées en file indienne et se déhanchaient langoureusement, toutes de la même façon, toutes suivant la même chorégraphie. Je ne sais malheureusement pas danser, le spectacle en aurait été très certainement gâché, j' ai donc catégoriquement refusé...
... Et puis ma voisine est revenue sans se presser, m'a refilée son sac à mains et est allée elle aussi s'amuser ...
Description du sac mains : NOIR et HORRIBLE !
J' étais dégoûtée !
Pas une fête NON pas une seule à laquelle je ne sois conviée où on ne me donne pas un sac à garder !
Le dernier en date : l' ABOMINABLE sac à mains ROUGE de ma belle soeur que je m'étais coltinée toute une soirée ! Il m'arrive parfois dans des mariages de voir s'entasser à mes pieds des sacoches, des trousses , des cabas, une ou deux valises...et même oui même des gamins endormis... et ici comme ailleurs j'avais de suite été cataloguée ! Quel dépit !
Je fis cependant contre mauvaise fortune bon coeur et comme à mon habtude pris mon rôle très au sérieux. Le sac était sur mes genoux à la place de Goundo peu de temps auparavant et comme Goundo peu de temps auparavant je le fis sautiller, sautiller, sautiller..je m'étais résolue à le faire sautiller jusqu'à ce que sa propriétaire se décide à revenir m'en décharger la responsabilité.
Ma voisine est restée très très longtemps à se trémousser et à traîner et à taper des pieds et à onduler du popotin et son sac à mains est resté très très longtemps à sautiller et à sautiller et à sautiller sur mes genoux au rythme... de mon exaspération !
Elle a tout de même fini par revenir s'asseoir à mes côtés. Je la regardais du coin de l'oeil elle n'était même pas essoufflée, même pas fatiguée !
Une invitée de dernière minute s'est dirigée vers elle. Elles ont échangé quelques mots en Malien à une vitesse incompréhensible et la dame lui a remis son billet de 10 euros.
Ma voisine m'a déchargée du poids qui me brûlait les genoux, a ouvert son affreux sac à mains noir... et devant mes yeux ébahis a tassé la centaine de billets qui en débordait , a remisé le billet à l'intérieur du sac, a refermé le sac, a reposé le sac sur mes genoux et est repartie confiante et sereine sautiller sur le plancher...

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